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Le triomphe de la cupidité

extraits du dernier livre de Joseph STIGLITZ *

Prix Nobel d’économie en 2011, Joseph STIGLITZ, pense que les milliers de milliards d’euros injectés dans les banques et dans l’économie pour empêcher la crise de 2008 ont été mal utilisés.
Ce qui est en cause, c’est d’une part la cupidité maladive qui s’est emparée des banquiers et des dirigeants des grandes entreprises, et d’autre part, la faillite des systèmes de régulation, qu’il s’agisse des méthodes comptables, des agences de notation, des banques centrales ou du démantèlement méthodique des garde-fous légaux. C’est aussi un climat général au sein d’élites qui jouent aux chaises musicales au sommet des institutions financières, des grandes entreprises, de la Réserve fédérale américaine et de l’Etat-major de la maison Blanche.
C’est enfin, la pensée unique qu’a réussi à imposer l’école économique de Chicago qui prône depuis la révolution libérale Reagan-Thatcher, l’infaillibilité des marchés, la dérégulation et le désengagement de l’Etat.
Aucun marché n’échappera aux crises si la puissance publique n’impose pas des règles et des garde-fous, visant à limiter les risques systémiques, à faire profiter la société dans son ensemble des richesses créées, à protéger le consommateur, la santé et l’environnement des externalités négatives, à préserver le droit de propriété sans tuer l’innovation, etc…
C’est une défaillance générale des règles et des organes de surveillance qui a permis aux banquiers de pratiquer la virtuosité comptable et de prendre d’autant plus de risques qu’ils savaient que l’Etat volerait à leur secours en cas de catastrophe. Les financiers se sont sentis libres d’inventer des produits dérivés d’autant plus opaques et potentiellement toxiques qu’ils étaient sophistiqués, et d’offrir au public des prêts mirobolants, davantage conçu pour enrichir les banques et les courtiers par la multiplication des commissions, que pour protéger l’emprunteur de la cessation de paiement et de la confiscation du patrimoine. c’est ainsi que le pays le plus riche de la planète, les Etats-Unis, s’est trouvé en situation de surendettement à la fois privé et public.
Quelles solutions ?
* Les métiers des banques de dépôt et de banque d’affaires doivent être séparés et surveillés différemment.
* Les banques de dépôt doivent cesser de risquer l’argent des déposants en prenant des risques spéculatifs.
* Aucune banque ne doit atteindre une taille telle que son éventuelle défaillance paraisse insoutenable.
* Décourager les activités hors bilan des banques et « l’innovation comptable ».
* Les agences de notation doivent être payées par la collectivité et non par leurs propres clients, pour exclure tous conflits d’intérêts.
* Les aides publiques revêtant la forme d’une montée temporaire de l’Etat dans le capital de l’entreprise, doivent avoir un droit de regard sur les nominations et les rémunérations des dirigeants.
* Les aides doivent servir à financer l’investissement dans les jeunes pousses et les petites et moyennes entreprises, qui sont la principale source d’innovation et d’emploi, et secondairement doivent servir dans la recherche et le développement pour préparer les innovation de demain et les emplois d’après-demain.
* Les banquiers centraux doivent agir avant qu’il ne soit trop tard, et avoir une vision à la fois immédiate et à long terme, en conciliant indépendance du pouvoir central et cohérence avec les objectifs politiques.
* Les prêts immobiliers doivent être à taux fixe et les éventuels découverts conjoncturels doivent être socialisés, pour éviter les cascades de refinancement, qui ne profitent qu’aux intermédiaires et aux banques, tout en aggravant la situation des souscripteurs.
* Réformer la science économique et de la société dans son ensemble, pour faire bonne mesure.

* Paris : Les liens qui libèrent, 2010, (p.473)

Le blog : Nous reprenons ici l’essentiel de la réflexion du Prix Nobel, mais nous savons aussi que bien d’autres pensent, écrivent la même pensée (C.Bébéar). La cause non économique de nos crises est bien là……..

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