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A l’école : « Ils sont caractériels parce qu’ils n’ont rien d’autres à faire. »

« Selon Michel Segal, la violence ordinaire prolifère sur les dérives de l’institution scolaire : culture du moi dans les têtes et impunité de fait dans les actes. Il souligne aussi que le phénomène auquel nous nous accoutumons dangereusement, « c’est le climat général créé par la volonté de nombreux gamins de faire leur loi à l’intérieur de l’école. » Ce qui est plus troublant, encore, et pointé par ce professeur de mathématique, c’est que ces enfants « savent bien que ce qu’ils font est interdit à l’école, mais ils savent aussi qu’il y a une tolérance. » On lit, alors, à l’école, une tendance « à laisser faire, à laisser passer, plutôt que d’aller au choc frontal, à l’esclandre, aux rapports ». Dans la réalité, Michel Segal constate que le « règlement, donc la loi de l’école, est inapplicable. » Une sorte de « pilotage automatique » se dévoile du CP à la troisième. » En effet, il nous montre que « dans le collège unique, il ne se passera rien ; quoi qu’il arrive, les élèves restent dans le circuit scolaire. » Avec une pointe d’humour, il souligne que « heureusement…ils n’en sont pas tous conscients, sinon ce serait Bagdad dans tous les collèges ! »
Pour lui, le pédagogisme a développé chez l’enfant « un sentiment de supériorité par rapport à leur personnalité. » Selon lui, « la moitié d’entre eux sont devenus caractériels. …« pour eux, ‘’le respect’’, leur amour-propre, passent bien avant le règlement et, d’une certaine façon, ils sont sincères. » Michel Segal constate que « les programmes ont été tellement allégés, tellement affaiblis, on demande si peu d’efforts aux élèves, il y a si peu de pression que du coup, il y a une espèce d’oisiveté qui s’installe, ils savent pouvoir ne s’occuper que d’eux-mêmes pendant les cours et la classe ressemble parfois à un studio de téléréalité. »
Michel Segal poursuit en signalant que ce phénomène s’étend au lycée : « Avec un minimum d’efforts pour arriver à 8/20, des élèves plus ou moins incontrôlables arrivent en seconde générale sans jamais avoir travaillé. » Ainsi, « …on abaisse encore le niveau pour leur permettre de suivre sans faire d’efforts. »Il le souligne avec l’exemple de la réforme du lycée concernant les mathématiques. Le programme de seconde est une « sorte de résumé de celui du collège. »
Les egos surdimensionnés, le sans-gêne…En fait, c’est tout le rapport au savoir qui est contaminé ? Michel Segal parle d’une « espèce de lame de fond. » Il parle que des phrases comme « elle a 4 ans, mais elle a du caractère, elle ne se laisse pas faire », « qu’est-ce que tu veux manger ? », et ce « d’accord ? » systématiquement rajouté sont des leitmotiv retrouvés dans les familles. A l’école, c’est à l’identique. Selon lui, « on passe son temps à leur demander leur avis ». Il donne l’exemple de l’infirmière qui vient faire une information sur les drogues et ne cesse de leur répondre par « qu’est-ce que tu en penses ? » quand ils posent une question. A travers ces réflexions, Michel Segal nous renvoie au fait qu’il y a une « sorte de renoncement général à son autorité, plus ou moins conscient, pour laisser place à la suprématie de l’individu. » Ainsi, les élèves n’ont parfois pas conscience d’être en formation, car on omet le fait que l’autorité vient aussi par « Moi je sais et toi tu ne sais pas. » né et ressenti dans les cours magistraux.
Autre fait symptomatique, c’est l’espèce de laissez-passer à la colère vécue sur tous les rapports d’incidents. Le geste est excusé. Il montre que les élèves l’ont assimilé et exagèrent leur colère, déclenchant ainsi une tolérance. Derrière cette colère exprimée par l’élève se cache le fait qu’il n’était pas tout à fait responsable. Ainsi de conclure, « Finalement, notre école fabrique des irresponsables. »

Entretien de Michel Segal, professeur de mathématiques en collège de banlieue, dans Famille Chrétienne, (n°1677, mars 2010)

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